WhatsApp, Confidentialité et Publicité
Une analyse de Jaimes Assiene
vous le savez probablement, WhatsApp (qui appartient à Facebook) a récemment changé sa politique de confidentialité [7a,7b]. Cette mise à jour qui vise à partager certaines informations des utilisateurs avec les autres plateformes détenues par Facebook (Facebook App et Instagram notamment) a créé un tollé sur Internet et bon nombre d’utilisateurs se ruent vers des plateformes gratuites et plus “respectueuses des données” comme OnDjoss, Signal ou Telegram. Je pense que cette polémique démontre à suffisance qu’il y a un énorme malentendu sur l’utilisation des données des utilisateurs par les GAFAM (à des fins publicitaires) mais aussi sur comment financer un service de l’ampleur Facebook, WhatsApp, Youtube, etc… Tout en le gardant gratuit.
Commençons par les données. Supposons que vous êtes un petit commerçant ou un restaurateur qui, comme tout chef d’entreprise, essaye de trouver des clients. Toute personne ayant goûté à l’entreprenariat sait à quel point cela est difficile. Vous allez essayer de parler à vos amis, à votre famille mais cette audience n’est pas très large et n’a pas forcément besoin de votre produit (mes frères et sœurs africains ont tous dans leurs entourages quelqu’un qui partage ses produits par message/image sur WhatsApp/Messenger). Comment donc atteindre une cible plus large mais surtout potentiellement plus intéressée par votre produit (publicité ciblée) ?
Il y a quelques dizaines d’années, cela se faisait principalement par des achats de petites annonces dans des journaux, de courtes annonces dans les radios, voire de spots publicitaires à la TV. Malheureusement cela coûte cher et n’est donc pas à la portée de tout le monde. C’est là que la publicité ciblée sur les réseaux sociaux (Facebook App, Youtube, etc…) entre en jeu. Vous, propriétaire d’un restaurant africain, allez demander à Facebook “Facebook, pourrais-tu montrer mon annonce sur tes plateformes à des gens qui pourraient être intéressés ? Je pense notamment à des individus entre 16 et 77 ans qui aiment la gastronomie, le tourisme et/ou la culture africaine”.
Facebook de son côté va donc analyser les activités de ses 2.5 milliards d’utilisateurs, montrer votre annonce aux bonnes personnes et revenir vers vous en vous disant “Avec plaisir. J’ai montré votre annonce à 100,000 personnes réparties dans 10 villes, qui ont regardé votre annonce en moyenne pendant 15 secondes, etc…” : ce sont *statistiques récapitulatives*.
A aucun moment, Facebook ne va vous (restaurateur) “vendre les données” de ses utilisateurs, ni vous dire qui exactement a vu votre annonce car au fond, vous n’en avez absolument pas besoin. Un restaurateur a un loyer à payer, des employés à payer, des factures d’eau et d’électricité à payer, des fournisseurs de produits alimentaires à payer, etc… Pour payer tout ce beau monde, il doit vendre ses produits (plats gastronomiques), c’est tout ce qui l’intéresse. Lorsque son bailleur viendra lui dire “Vous me devez 500,000 Franc CFA pour le loyer”, il ne va pas lui dire “Monsieur le bailleur, je n’ai pas d’argent mais grâce aux données que Facebook m’a (supposément) vendu, je sais que Jean-Bernard a trompé Marie-Antoinette avec Josepha, j’ai leurs conversations WhatsApp/Mesenger.
Je peux payer avec ces données ? Après tout ‘Data is the new Oil’ nooooon bailleur ? Vous ne voulez pas le ‘nouveau pétrole’ ?”.Pensez-vous sincèrement que le bailleur va accepter d’être payé avec des données ? Non. Il veut de l’argent et cet argent provient de la vente des plats du restaurateur.Si vous ne me croyez pas, essayez le vous-même avec votre propre bailleur ou essayez ceci : la prochaine fois que vous allez au restaurant et qu’on vous tendra la facture, dîtes “Désolé je n’ai pas d’argent. Mais je peux payer avec mes données : regardez j’ai pris une selfie de moi avec mon amie Pascaline pendant qu’on mangeait des pommes. Ça devrait être suffisant pour nos plats de 10,000 Franc CFA non ? Après tout ‘Data is the new Oil’ nooooon serveur ? Vous ne voulez pas le ‘nouveau pétrole’ ?” et dîtes moi en commentaire comment le serveur aura réagi.Voilà pourquoi les petits commerçants et restaurateurs “n’achètent pas vos données” : elles ne leurs servent à rien et ils ont d’autres problèmes bien plus importants. D’après [1] (faites Ctrl+F et tapez “90”), plus de 90 millions de PME à travers le monde utilisent les services de Facebook et la moitié d’entre elles (45 millions donc) dit avoir pu développer leur business et embaucher plus de gens depuis qu’ils ont rejoint Facebook.
Ces emplois (créées en partie grâce à la publicité ciblée) permettent de mettre du pain sur la table au diner chez beaucoup de familles, ils permettent à un étudiant international (qui n’a pas eu de bourses de la part de son gouvernement parce que … hum … you know what I mean) d’avoir un job à temps partiel chez notre restaurateur de tout à l’heure et de subvenir à ses besoins. Nous remarquons donc qu’en plus de nous permettre à tous de profiter de services gratuits, le modèle basé sur la publicité a aussi un bon impact sur l’économie. Il faut souligner que la plupart des clients de Facebook sont des PME et que les publicités politiques ne représentent même pas 1% des revenus de la firme [3].
La plupart des choses que les médias ont rapporté sur l’affaire Cambridge Analytica est d’ailleurs fausse [6]Yann LeCun (Facebook’s Chief AI Scientist) disait un jour sur sa page FB qu’une des raisons pour laquelle Mark Zuckerberg avait choisi ce modèle économique était qu’implicitement les plus riches payaient pour les plus pauvres tout en proposant à tous le même service gratuit.[2] qui présente les “Earnings” de Facebook en 2019 nous montre qu’environ 25% des utilisateurs (US, Canada and Europe, voir page 3) produisent environ 75% des revenus de FB (page 9 de [2]).
Comparativement, la page 4 nous montre qu’un utilisateur de “Rest of the World” (Afrique et Amérique latine) rapporte entre 1.84 USD et 2.48 USD par *trimestre*. 2.48 USD = 1,350 FCFA. Pour faire simple, la valeur monétaire maximale d’un africain pour Facebook c’est ”beignet 150, haricots 100 francs, bouillie 50” 1 fois toutes les 3 semaines plus une bouteille de “foléré” de 150 FCFA à la fin de chaque trimestre pour fêter la fin du trimestre. Cela nous montre bien que les plus riches (US, Canada, Europe) payent pour les plus pauvres (Afrique, LATAM) bien que l’on bénéficie tous du même service. Si Facebook ne pensait qu’aux bénéfices, cela ferait *très* longtemps que certaines régions “non financially profitable” n’y aurait plus accès (“Rest of the World” constitue 33% des utilisateurs mais ne rapporte pas grand-chose)Deuxièmement, parlons rapidement du financement. Supposons que tous les utilisateurs de WhatsApp (2 milliards de gens) basculent sur Signal ou Telegram. Il faudra à un moment que ces entreprises/fondations trouvent de l’argent pour payer les ingénieurs et les serveurs n’est-ce pas ? Comment le faire si la plupart des gens refusent de payer pour le service et s’ils ne veulent pas de la publicité parce qu’ils ont ”peur que leurs données soient vendues” ?
Il est fort probable que dans 5 ans on se retrouve dans la même situation avec Telegram/Signal (publicité ou service payant (ou donations d’Elon Musk
Je souhaiterais que plus d’africains se servent de la publicité ciblée pour développer leurs business et embaucher plus de gens avec entre autres WhatsApp (https://www.facebook.com/business/marketing/whatsapp) ou Facebook plus généralement (https://www.facebook.com/business)
[1] https://s21.q4cdn.com/…/Q4-2018-earnings-call…[2] https://s21.q4cdn.com/…/Q4-2019-Earnings-Presentation…[3] https://www.businessinsider.com/zuckerberg-facebook…[4a] https://www.lapresse.ca/…/01-5089432-un-reseau-de…[4b] https://www.bfmtv.com/…/de-nombreux-contenus…[5a] https://www.thetimes.co.uk/…/london-bridge-terror…[5b] https://www.bbc.com/news/uk-39396578[6] https://medium.com/…/why-almost-everything-reported…[7a] https://faq.whatsapp.com/…/answering-your-questions…[7b] https://www.phonandroid.com/whatsapp-voici-exactement-les…
